Le meilleur endroit pour palper l’activité industrielle de Nouméa, c’est peut-être bien la mer. De la grande rade
à la baie Rochel, derrière Tindu, les géants comme la SLN, Holcim ou Sogadoc se côtoient, face à la pêcherie et à l’école des métiers de la mer. Reportage.
Peu de touristes naviguent dans les baies de Doniambo, du côté de la pêcherie de Nouville, Numbo, ou encore Koumourou. Ils préfèrent naturellement les charmes du sud de la presqu’île de Nouméa, la Baie-des-Citrons, le spot de l’Anse-Vata, de l’île aux Canards ou de l’îlot Maître.
Pourtant, le tour de la baie industrielle mérite le détour, tant la ville dévoile un visage qui reste dissimulé, inaccessible, quand on n’a pas les moyens de naviguer. Il se trouve juste derrière le havre de paix qu’offre le célèbre Kuendu Beach et ses bungalows aux couleurs locales. Une dernière vue sur la forêt sèche de Nouville et la zone industrielle s’étend jusqu’à Koumourou.
Elle commence par le stock d’une vingtaine de tuyaux noirs qui constitueront, une fois assemblés, le grand tuyau de Goro Nickel. Ils flottent dans l’eau, l’un contre l’autre, sans dispositif particulier de sécurité. En se rapprochant du littoral de Nouville, l’activité maritime bat son plein. C’est ici que se trouvent le port de pêche industrielle et l’école des métiers de la mer. Des hommes ont lancé leur ligne dans l’eau avec d’énormes appâts, des restes de thon, là où l’eau est trouble. Notre embarcation approche des cheminées de la SLN, dont l’épaisse fumée jaunâtre est visible de n’importe quel point de vue de Nouméa, de Tina à l’îlot Sainte-Marie. En approchant du géant du nickel, des tractopelles roulent sur un étrange bitume qu’ils amassent pour en faire un remblai, la scorie, le déchet de l’élaboration du nickel. Il y a moins d’un an, des bateaux pouvaient encore naviguer au même endroit.
La scorie compose un décor lunaire
La Société Le Nickel achemine l’ensemble du minerai des mines de la Grande Terre jusqu’à l’usine de Doniambo. À quai d’un immense portique métallique, deux minéraliers, le Lake Arafura et le Doniambo, tous deux immatriculés au Panama et pouvant transporter jusqu’à 28 000 tonnes de chargement, sont en activité. Ils déchargent leur cargaison de minerai à l’aide de bras métalliques.
Juste derrière, ce sont des montagnes de scorie qui grossissent petit à petit. Les institutions ont autorisé qu’elles atteignent d’ici trente ans la hauteur de 64 mètres. Elles sont grises, le décor est presque lunaire. S’il n’y avait pas la tour Mobilis dans les hauteurs de Montravel, il serait bien difficile de reconnaître la capitale vue de cet endroit. Il n’y a pas un arbre, seuls des cactus envahissants donnant sur la baie de Ducos tentent de reprendre le dessus. On quitte ce décor irréel et froid pour tomber sur un cimetière de bateaux et de remorqueurs où, finalement, la vie reprend ses droits dans l’anse de Undu. Des cabanes réapparaissent, à en voir le linge qui sèche près des tôles. Des jeunes ont enfilé masque et tuba pour pêcher près de pontons calcinés et d’épaves de remorqueurs.
Cap vers la baie de Numbo. La cimenterie Holcim, implantée depuis 1970, exploite ici un centre de broyage, d’ensachage et de distribution du ciment. Sa capacité de production est de 200 000 tonnes par an. À quai, une longue passerelle surplombe l‘eau. Mais pas de cimentier en vue. Une prochaine fois sans doute. Dans les chantiers navals voisins, les marins et les charpentiers maritimes bricolent. Ici, des bateaux en ruine servent de remblai.
À Koumourou, les citernes rondes de la Sogadoc (Société des gaz d’Océanie) surgissent telle une station spatiale. C’est ici que sont conditionnés le propane et le butane. Elles se trouvent à l’extrémité de la presqu’île de Ducos. Tout comme le dépôt de carburant de Total. Il suffirait d’ailleurs d’un blocage pour paralyser le pays. À l’abri des regards et de la terre ferme, l’industrie occupe ainsi une large place sur le littoral ouest de Nouméa. Des milliers de gens vivent à proximité, dans des cabanes, où l’air n’est plus très frais.
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