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  Provinces > Province Sud > Bourail - 24/07/2008    
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Bourail retient son souffle
L’ambiance est tendue. Depuis quelques jours, le village est soumis aux exactions d’une petite bande. Vols, dégradations, menaces, les villageois n’en peuvent plus. Le maire a décidé, pour tenter d’apaiser les esprits, d’interdire la vente d’alcool. Mais ça ne suffira pas. Le conflit est profond.

Les écriteaux affichés dans les rayons de boissons alcoolisées de toutes les boutiques bouraillaises sont clairs : la vente d’alcool est interdite du lundi au vendredi, à partir de 12 heures, et le samedi et le dimanche toute la journée. Un arrêté municipal draconien, à la mesure de l’ambiance qui règne actuellement dans le village. « L’alcool n’est pas la cause de tous les problèmes », admet Jean-Pierre Aïfa, le maire,
« néamoins, il est un facteur déclencheur de violence. La vente est donc interdite, à ce jour et pour une durée de trois semaines. »
Certes Bourail ne brille pas par sa réputation de cité tranquille, cependant, les habitants aiment leur village et surtout aiment y vivre. « Je suis installée ici depuis trois ans. Cette situation n’est pas nouvelle. Cependant, depuis quelques jours la tension est montée d’un cran. Avant c’était uniquement les week-ends qu’on était obligé de faire appel aux gendarmes », confie une habitante. En effet, depuis la fête de la Mandarine à Canala, rien ne va plus. Une histoire entre des jeunes de Canala et du village tourne mal. Une bagarre s’ensuit. Rebelote le week-end dernier avec un mariage à Canala où des membres de tribus bouraillaises étaient invités. « Il y a eu des blessés », assure le maire, « et maintenant les jeunes veulent se venger. » Information confirmée par le père d’une des victimes bouraillaises : « Au départ ce n’était qu’une bagarre entre un jeune de Bourail et un de Canala puis, ça a dégénéré », raconte-t-il, « les gens de Canala voulaient nous empêcher de partir, ils ont fait des barrages sur la route et ont brûlé des voitures. Tout le monde se battait. Mon fils a été touché. On a dû l’évacuer vers le dispensaire de Canala. Il a eu des points de suture et de nombreuses lésions. Là-bas un autre jeune aussi était blessé. On se demande pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues, je ne les ai pas vues.»
Du coup, dimanche, ça chauffe dans la rue principale de Bourail, les jeunes veulent se faire justice eux-mêmes. Ils ont décidé de stopper les autocars en provenance de Canala et d’en découdre. Deux pelotons de gendarmerie sont alors appelés en renfort. Un jeune de l’est, un militaire du GSMA, est toutefois blessé. Il a eu l’épaule fracturée.

« Il faut absolument qu’on trouve les moyens d’un retour au calme et ce, rapidement. »

Depuis, selon la compagnie de gendarmerie lafoyenne, l’ambiance semble s’être apaisée. « Bien entendu, nous restons vigilants. Chaque jour, nous occupons le terrain », prévient le capitaine Groizeleau. Cependant, ce retour au calme apparent n’empêche pas les habitants d’être tendus. « La tension est journalière et la délinquance en augmentation. Il faudrait que cette situation cesse rapidement avant que cela ne dégénère davantage », confie une habitante. « Dimanche dernier, la situation était telle que je me suis vraiment sentie en insécurité. Ce n’est pas agréable de vivre dans un tel climat », ajoute une seconde.
Des solutions ? Le maire en collaboration avec les coutumiers, la mairie de Canala, les partis politiques, les instances religieuses et les mamans, tente d’en trouver. Hier matin, une réunion en présence des membres du CLSPD (Contrat local de sécurité) a eu lieu. Avant-hier, ce fut avec les coutumiers. « Tout le monde a conscience que la situation est grave. Il faut absolument qu’on trouve les moyens d’un retour au calme et ce, rapidement. Chacun veut en découdre, ce n’est pas tolérable », martèle le maire.
Avec la rentrée scolaire qui se profile à l’horizon, Jean-Pierre Aïfa sait que les choses doivent être réglées au plus tôt, beaucoup de jeunes de Canala sont en effet scolarisés sur la commune. « Le cas échéant, on demandera à ces élèves de ne pas venir. On a vraiment peur que les choses s’aggravent. »



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