| L’Usoenc au gouvernement contre la vie chère |
L’Usoenc a fait venir des experts pour étudier les marges des entreprises calédoniennes. Mais pratiquement personne ne respecte l’obligation de déposer sa comptabilité au tribunal, et les informations fiscales sont confidentielles. Difficile de travailler dans ces conditions. D’où une manif devant le gouvernement.
Dans le cadre de son combat contre la vie chère et pour la transparence de la comptabilité des entreprises, l’Usoenc a manifesté hier devant le gouvernement et obtenu une audience avec Harold Martin. « A Paris, n’importe où en Europe, n’importe quel citoyen a accès aux comptes des entreprises qui doivent les déposer chaque année devant les tribunaux de commerce. Sauf ici où la loi existe mais n’est pas appliquée », tempête Didier Guénant. « Donc, la clique qui domine l’économie calédonienne peut faire les profits qu’elle veut en toute opacité, et sans en rendre de compte à personne. La population achète des produits dont elle ne peut contrôler la structure des prix. Nous avons fait venir des experts pour étudier tout ça, mais ils n’ont accès à pratiquement aucune donnée. C’est scandaleux et c’est pourquoi nous interpellons le gouvernement. Car la transparence que nous réclamons est due aux Calédoniens et est destinée à limiter les abus. »
L’entrevue avec Harold Martin a duré un peu plus d’une heure. A la sortie, le président du gouvernement a quelque peu louvoyé. « Les experts de l’Usoenc veulent des données que nous ne pouvons pas inventer. Je suis bien conscient qu’en Calédonie nous manquons d’éléments d’appréciation de l’économie. Et quand les données existent, elles sont le plus souvent confidentielles. On ne peut pas demander aux services fiscaux ou à la direction des affaires économiques de sortir les dossiers de leurs tiroirs. C’est contraire à la déontologie et aux réglementations. »
A l’aveuglette
La réalité, c’est que la loi impose à toutes les entreprises de déposer leur bilan comptable au tribunal de commerce où n’importe qui est susceptible de les consulter. Ces bilans doivent contenir les comptes annuels (actif et passif), les comptes consolidés des sociétés qui font partie d’un même groupe, le rapport de gestion (évolution des ventes, des produits, des salaires), et la répartition des bénéfices (dividendes, investissements, primes). Cette obligation est assortie d’une simple amende de 180 000 F que beaucoup d’entreprises seraient prêtes à payer tant la somme est ridicule au regard des enjeux, mais elles n’ont même pas à le faire puisque le tribunal n’a pas les moyens matériels et humains de les poursuivre.
Cette opacité profite aux entrepreneurs, pénalise les usagers, mais pénalise aussi l’économie globale. Ailleurs, quand une société envisage un partenariat, elle commence par consulter les comptes déposés au tribunal. Ici, elle se lance à l’aveuglette. L’Usoenc ne devrait pas en rester là dans ses actions.
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