La province Sud a voté hier matin les dix milliards de son budget supplémentaire 2008, sans souci de majorité puisque seul le Rassemblement s’y est opposé. Mais la séance, dominée par le match Gomès/Bretegnier, a été musclée. Ça sent la poudre électorale à neuf mois des provinciales.

Le clan Gomès était presque déçu… Il aurait bien aimé que les « autres », c’est-à-dire l’Avenir ensemble officiel dont le président Didier Leroux (à peine rentré de vacances) était pour une fois en séance, votent contre le budget, comme le Rassemblement. Histoire d’entonner une nouvelle fois la chansonnette « vendus au RPCR ». Ben non, raté. Didier Leroux a voté le budget, non sans quelques réserves et en se permettant d’ironiser sur le spectacle à la Roger Pierre et Jean-Marc Thibault qu’ont donné hier Philippe Gomès et Pierre Bretegnier.
Ces deux-là (un actuel président de province potentiellement futur-ex vu les divisions de son parti et un ex quasi-président qui se verrait bien futur à part entière) se sont heurtés sur tout ou presque, de la gestion de l’argent public aux radios, du tourisme au logement social, du Betico à Gouaro Deva. Que d’amabilités échangées, autour du thème sous-jacent du bilan de la mandature… Sous les tuiles de la Maison bleue, la campagne électorale est ouverte, et ça ne va pas s’arranger.
C’est Pierre Bretegnier qui a dégainé le premier, sur le compte administratif 2007 pourtant clôturé avec un résultat positif de 4,5 milliards et un solde disponible de près de 3 milliards pour le budget supplémentaire 2008. S’appuyant sur quelques morceaux sélectionnés de l’analyse financière du payeur de la province, il a souligné pêle-mêle la progression des charges de fonctionnement plus rapide que celle des recettes, le fonds de roulement négatif et la nécessité de mieux maîtriser les dépenses. Mais le payeur, de son côté, a rétabli l’équilibre en évoquant la totalité de son analyse, y compris ses points positifs : des dépenses mieux maîtrisées qu’en 2006, des restes à réaliser importants sur les recettes de l’État qui paye tardivement, le taux d’endettement insignifiant de la collectivité, le fait aussi qu’elle a délibérément choisi de ne pas intégrer dans ses comptes des recettes certaines mais non encaissées, ce qui fait apparaître sa situation « plus mauvaise qu’elle n’est en réalité ». Conclusion : les finances provinciales vont plutôt bien, « sans dégradation importante » malgré une baisse des recettes, situation qui devrait se rétablir en 2008 et renforcer la capacité d’autofinancement de la collectivité.
Sous les tuiles de la Maison bleue, la campagne électorale est ouverte, et ça ne va pas s’arranger
Mais, pour Pierre Bretegnier, il ne s’agit pas seulement de dépenser moins, il faut aussi dépenser utilement. Il a cité trois exemples : les dépenses de promotion touristique « chères et pas bonnes » multipliées par trois (de 400 millions à 1,2 milliard l’an) pour moins de visiteurs qu’en 2002, les 2,6 milliards investis dans les Betico 1 et 2, « gaspillage net puisqu’un privé propose de faire la même chose sans subvention », et enfin la manière fallacieuse à ses yeux de présenter les chiffres du logement social, en minorant ceux de l’ancienne mandature et en majorant ceux de l’actuelle en y incluant les chiffres de livraisons futures.
Bien normal, a répliqué Philippe Gomès, puisque les mille logements conventionnés en 2007, ce qui était l’objectif à atteindre, ne seront livrés que deux ans après, le temps de la construction. Sur le tourisme, le président de la province a souligné l’état de « délabrement » du secteur en 2004 au terme de la précédente mandature, et noté que si la fréquentation a bien, une seule fois, atteint les 109 000 touristes (contre 105 000 en 2007), c’était en 1999 quand trois compagnies (Air France, AOM et Corsair) desservaient le territoire. Il a aussi affirmé que la barre des 110 000 touristes pourrait être franchie cette année, au vu de la progression des six premiers mois (+5 % à fin juin). Quant au Betico, a rappelé Philippe Gomès, c’était cela ou laisser en plan les 300 personnes qui, à l’île des Pins, vivent du tourisme.
Mais pour le Rassemblement, qui est revenu à la charge sur le budget supplémentaire, c’est tout de même la « gabegie », « des centaines de millions éparpillés au mépris des règles de bonne gestion », des dépenses « électoralistes » qui sont « une insulte à l’avenir ». Sauf que, a répliqué Sonia Lagarde, le parti qui a donné le gisement de Prony pour rien et vendu Gouaro Deva « à vil prix » n’a pas vraiment de leçons de gestion à donner.
Ambiance… D’autant que la querelle s’est poursuivie, une fois de plus, à propos des radios, la province ayant accordé cinq millions à Océane et rien à RRB, cette « radio politique qui sert la soupe » et qui est selon Philippe Gomès « la honte du pays », une radio qui travaille « pour le RPCR » dont l’objectif, en érigeant un « mur de Berlin » autour du paysage radiophonique, est de « cadenasser les Calédoniens dans des schémas de pensée dépassés ».
Charge passionnelle à laquelle Éric Gay a rétorqué en rappelant à Philippe Gomès que « le RPCR n’existe plus », que c’était « le parti qu’il a trahi en 2004 », et qu’aujourd’hui, c’est le Rassemblement-UMP.
La campagne promet…
|
|