Trois centrales au charbon sortiront de terre d’ici cinq ans et produiront 60 % de l’électricité calédonienne en 2015. La politique énergétique est tracée, à l’initiative des industries du nickel. Un paradoxe, au moment où les énergies renouvelables sont dans tous les discours. Mais pas une surprise : dès 2005, nos élus avaient préparé le terrain en refusant le protocole de Kyoto.
La mode est planétaire, il faut s’y faire. Le charbon redevient sexy pour les industriels et les États, après les décennies triomphantes de l’« or noir », le fuel, désormais trop cher pour produire de l’électricité.
Chez nous, la même transition s’amorce, et ce sont les industriels qui ont pris l’initiative. Dans cinq ans, la production électrique due au charbon atteindra les 580 mégawatts/heure (MWh), contre zéro, actuellement. À titre de comparaison, la centrale au fuel de Doniambo produit 160 MWh, contre 60 MWh pour le barrage de Yaté, et seulement 25 MWh pour les éoliennes.
L’arrivée du charbon va se faire progressivement, mais sûrement. Prony Énergies est en marche, avec ses 2x50 mégawatts/heure (MWh) produits grâce la technique du « charbon pulvérisé ». Le minerai est broyé, mélangé à de l’air réchauffé puis injecté dans la chambre de combustion. Plein régime prévu fin 2009.
Deuxième sur la liste : la nouvelle centrale de Doniambo, dont l’enquête publique est en cours, jusqu’à vendredi (lire notre édition d’hier). Elle commencera à produire en 2012 (2x70 MWh), et tournera à plein régime en 2014 (210 MWh en tout, soit 50 MWh de plus qu’actuellement).
Techniquement, Doniambo a choisi le « lit fluidisé circulant ». Le charbon est mélangé à du calcaire et à du sable. L’avantage est qu’une fois chauffée, la mixture peut être brûlée deux fois, ce qui augmente la rentabilité de chaque tonne de charbon. Avec le même procédé, mais à une échéance plus lointaine, la centrale du Koniambo arrive, elle aussi. Plus puissante, avec ses 270 MWh, elle ne reversera rien dans le réseau public. Mais le ministre de l’Energie, Gérald Cortot, ne désespère pas de l’y « adosser », « pour avoir un meilleur back-up ». En clair : pour donner une réserve solide au pays, au cas où d’autres sources d’énergies viendraient à manquer.
Doniambo, Prony et Koniambo représentent 5,5 millions de tonnes de Co2 rejetées dans l’air, chaque année
Car si les chiffres du charbon impressionnent, la majorité de l’énergie produite ne sortira pas des usines de nickel. Prony Energies est une exception, avec 50 MW sur 100 reversés dans le réseau public (Enercal a participé au financement de la centrale). À Nouméa, « Doniambo usine » consommera au moins 80 % de la production de « Doniambo centrale ».
Quand les trois usines tourneront, elles auront besoin de 505 MWh disponibles en permanence. Les particuliers et les autres entreprises, elles, réclament entre 35 MWh (périodes creuses) et 115 MWh (pendant les heures de pointe, en été).
Pour satisfaire ces besoins, le gouvernement entend développer les énergies renouvelables (éolienne, solaire, hydraulique) à hauteur de 100 MW d’ici 2015. Elles représenteraient alors 12,5 % de l’électricité totale produite dans le pays. Le charbon, lui, atteindrait les 63 %.
Face au tout-charbon, la question de la pollution se pose. Certes, les impératifs économiques ont guidé les industriels, et le gouvernement n’a pu que suivre la cadence. Mis à part Prony Energies, les centrales seront payées et utilisées par les usines elles-mêmes.
Mais le constat est là, implacable : Doniambo, Prony et Koniambo représentent 5,5 millions de tonnes de Co2 rejetées dans l’air, chaque année. Soit 22 kg par habitant du pays, ce qui nous placerait
loin devant les Américains (20 kg/habitant).
« Faut-il refuser le développement économique et social ? », s’interroge Gérald Cortot. « Fallait-il privilégier la métallurgie ? » répondent les associations écologistes, EPLP en tête. « Un choix a été fait, celui de l’industrialisation », concluait Maurice Verne, chef de projet SLN, jeudi soir pendant la réunion publique sur la future centrale.
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