À Nouméa comme en Brousse et aux Îles, plusieurs centaines d’adhérents de la Fédération des fonctionnaires ont débrayé, hier, pour défendre le pouvoir d’achat des agents et des ouvriers de la fonction publique. Ignorés par les pouvoirs publics, ils ont décidé la reconduction de leur mouvement, qui va donc se conjuguer aujourd’hui avec ceux de FO et du Snes sur les retraites de la fonction publique.
Dans la fonction publique, il n’y a pas que des fonctionnaires… Il y a aussi des agents et des ouvriers, soumis à une convention collective vieille de vingt-six ans, qui n’a pas ou peu évolué, et en tout cas pas en termes de salaires. Ils sont plus de 4 000 dans une cinquantaine de collectivités ou d’établissements publics : la Nouvelle-Calédonie, les provinces, les 33 communes, les hôpitaux, l’Office des postes, etc.
C’est pour eux, les petits et les sans-grades de la fonction publique, pour plus de la moitié salariés des communes, que la Fédération des fonctionnaires a décidé de se mobiliser lors de son congrès de La Foa, en novembre 2007.
En février déjà, la Fédé avait réuni ses troupes devant le gouvernement pour appuyer une requête en trois points. Il s’agissait de demander deux études. La première sur la création d’un statut « d’ouvriers-fonctionnaires. » Le gouvernement s’y était engagé et la Fédération en attend les conclusions pour novembre. Il s’agit essentiellement de chiffrer les impacts d’un tel statut sur la masse salariale des collectivités, et d’évaluer les conséquences, sur les caisses de retraite, d’une éventuelle migration des personnels concernés de la Cafat vers la CLR.
Sachant qu’un tel pas vers la fonctionnarisation n’est pas du goût de toutes les collectivités, la Fédé avait aussi demandé une étude alternative sur la création d’un statut d’ouvriers non fonctionnaires. « Mais là, on ne sait pas où on en est, ni même si cette étude est en cours », expliquait hier Joao d’Almeida, le patron de la Fédé.
Les études, c’est long et cela n’aboutit pas toujours. C’est pourquoi, en février, la Fédération avait aussi lancé l’idée d’une modification à court terme de la convention collective existante, en procédant par des accords d’établissement à négocier avec les différents employeurs. Elle proposait une augmentation de l’ordre de 3 000 à 8 000 francs à la mise en place du nouveau barème, puis un avancement tous les deux ans assorti d’une augmentation de 7 000 à 10 000 francs par échelon. Elle admettait également le principe que, dans le cadre de ce déroulement de carrière type fonction publique, certains avancements ne soient pas automatiques mais soumis à une évaluation sur la manière de servir.
« Il ne faudrait pas grand-chose pour débloquer la situation », estime la Fédération
La Fédération dit avoir reçu un bon accueil des employeurs publics, notamment lors de la double tournée d’information qu’elle a menée dans les 33 communes calédoniennes. Sauf que les choses ont apparemment coincé avec les associations de maires. L’une voulait négocier avec tous les syndicats, alors que la Fédé voulait d’abord une négociation bilatérale ; l’autre préférait une négociation globale sans passer par la case accords d’établissements, mais aurait depuis changé d’idée. En fait, deux communes seulement ont donné leur accord : Païta et Thio, qui signeront un accord le 16 octobre. Du côté des provinces, indiquait hier Joao d’Almeida, c’est le « silence radio », absolument total au Sud.
« Il ne faudrait pas grand-chose pour débloquer la situation », estime la Fédération. D’où le mouvement d’hier, une mobilisation plutôt bon enfant, avec guitare et chansons devant la mairie de Nouméa, et qui a mobilisé environ 800 ouvriers et fonctionnaires sur l’ensemble du pays. Elle était voulue comme un « coup de pouce » à l’avancée du dossier que le syndicat souhaite boucler avant décembre. Car après viennent les vacances, puis les élections, et tout prendrait encore un an de retard.
Sauf que le mouvement a été globalement ignoré par les collectivités. Pas de rencontre au gouvernement, ni à la province Sud, ni à la mairie de Nouméa, trois institutions emblématiques. Seul le maire de Lifou a reçu les manifestants. Du coup, en assemblée générale, hier à 15 heures sous le porche de la mairie de Nouméa, les grévistes ont reconduit le mouvement pour aujourd’hui. Avec ce constat amer que pour être reçu, il faut « bloquer »... Ce pourrait donc être plus dur aujourd’hui.
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