Chaque samedi, le pôle artistique du centre culturel de Boulari accueille des jeunes de Yahoué, fans de hip-hop et de musique. Un moyen de les encourager et de les aider à montrer l’exemple dans le quartier.
Dans leur quartier de Yahoué, ils se sont entraînés sur la terrasse d’une école. Illégalement, souvent interrompus par la police municipale. Avec leur téléphone portable en guise de poste radio. Un peu comme les grands frères du groupe Résurrection de Rivière-Salée, qui répètent leurs mouvements avec les moyens du bord sur le bitume.
Ils sont une vingtaine entre 14 et 20 ans à former YFD. Comprenez Yahoué freestyle dancers. Le nom de leur groupe de hip-hop qu’ils relancent après quatre ans de mise en sommeil. Ils ont récemment retrouvé le public en participant au Festival culturel du Mont-Dore. Depuis juillet, ils répètent chaque samedi matin pendant deux heures dans la salle de danse du pôle artistique. «C’est beaucoup mieux car ici c’est du parquet en bois, ça encaisse mieux les chocs, ça fait moins mal quand on fait les figures au sol, détaille Malik,19 ans, l’un des porte-parole du groupe. Depuis qu’on vient là, on a bien progressé. On peut se voir dans le miroir, on peut se regarder évoluer. Certains préfèrent rester glander au quartier, pas nous.» Et s’ils sont là aujourd’hui, c’est grâce au travail des éducateurs de la mairie qui ont noué contact avec eux et la direction du service animation et d’insertion ( DSAI). «Nous avons fait plusieurs réunions, on leur a demandé s’ils étaient intéressés, résume Benoît Boddaert, éducateur depuis le mois d’avril à Yahoué. Le but était de leur proposer une structure ». «C’était une demande qui nous est remontée. Nous voulions vraiment avoir une réponse à offrir à ces jeunes», ajoute Rose Lallut, directrice adjointe de la DSAI.
« Une manière de travailler l’image et l’estime de soi, de leur redonner confiance »
Tous les samedis matin, un bus va les chercher et les ramène ensuite. «Pour moi, c’est un support éducatif mais aussi un faire-valoir par rapport aux autres habitants du quartier, montrer qu’ils savent faire des choses, pas seulement des bêtises, poursuit Benoît Boddaert. Depuis, le quartier est plus calme. C’est aussi une manière de travailler l’image et l’estime de soi, de leur redonner confiance et à long terme de les booster pour un projet de formation.» Tous les membres de YFD sont scolarisés. Mais certains s’ennuyaient en dehors de l’école. «J’ai arrêté de jouer à la Play. Et puis je perds plus de poids en faisant du hip-hop», relève Jean-Pierre, 14 ans, le plus jeune de la bande. Même s’ils ne savent pas jusqu’où le hip-hop les mènera, les garçons de Yahoué ont des rêves plein la tête et ne lâchent pas leur coach, Emile Caihe, du regard. Un modèle pour eux et aussi l’un des plus anciens danseurs professionnels du Caillou qui les encadre et leur enseigne les bonnes techniques, leur apprend à s’échauffer, à s’étirer, à ne pas se blesser : «Au niveau battle, ils sont doués, commente le coach, mais en ce qui concerne les chorégraphies, il restebeaucoup de travail à faire. Ils doivent affirmer leurs techniques. » Encore faudra-t-il que l’initiative soit renouvelée l’année prochaine. « C’est notre souhait, confirme Rose Lallut, et on aimerait aussi l’étendre à d’autres groupes, aussi bien de hip-hop que de musique. »
Et justement, YFD participera à la battle de Rivière-Salée le 6 décembre et présentera une chorégraphie le 11 décembre lors du Jeudi du centre-ville du Mont-Dore.
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