Presque un an après la disparition de Jacques Karé, la mairie de Houaïlou a organisé, samedi, un concert hommage. Artistes, musiciens militants politiques, tous ses amis étaient présents pour partager le souvenir de « papa Kiki ». Un grand moment d’émotion et de partage.
Il aurait eu cinquante-cinq ans ce samedi. Malheureusement, le grand Kiki Karé est parti trop tôt, le 30 novembre 2007. Presque un an après, il est encore très présent dans les esprits. Très présent, aussi, dans les discours prononcés samedi, lors du grand concert hommage qui s’est déroulé dans la tribu de Coula, à Houaïlou.
Plus de trente groupes locaux, presque 20 heures de musique, un grand buffet... la manifestation était à l’image du personnage singulier qu’était Kiki Karé. L’homme « aux sarouels chatoyants et chaussé de semelles de vent », note l’équipe de l’association Mégamiouz dans un communiqué. « Même le jour de son mariage, il est arrivé avec un manou autour de la taille », rigole encore Sari Godar, président du conseil du district. « C’est moi qui l’ai marié. À l’époque, j’étais adjoint au maire de Houaïlou », ajoute-t-il fièrement.
Au-delà de ces fantaisies vestimentaires, Kiki Karé était un frère, un papa, un ami « solidaire », « joyeux », « providentiel ». « Je l’ai rencontré dans les années 80 à Melbourne, raconte le journaliste australien Nic Maclellan. Il travaillait alors pour radio Australie. Il a réussi à tisser des liens entre tous les musiciens des pays océaniens. À Fidji, au Vanuatu... tout le monde le connaît. C’était d’ailleurs un peu difficile d’aller boire un coup quelque part car tout le monde venait le voir ! » Et pour cause, Kiki était partout. Musicien, auteur, producteur, animateur... À chaque fois, il laisse une trace indélébile.
« Il a réussi à tisser des liens entre tous les musiciens des pays océaniens »
« Si la liberté, c’est prendre du temps pour respecter sa propre identité, après toi, je n’ai plus besoin de maître », écrit le sculpteur Jean-Philippe Tjibaou devant la salle d’exposition improvisée de Si y’a pas toi, y’a pas moi. « Il parlait toujours en métaphores, sourit Will, musicien de Houaïlou. Quand je jouais, il me disait qu’il ne fallait pas chercher la perfection. C’était sa manière de dire qu’il ne fallait pas brûler les étapes. Quand on veut faire vite, on passe à côté des choses. »
Mais il savait pourtant passer à l’action pour défendre ses convictions indépendantistes. Que ce soit aux côtés des militants USTKE ou de ses compagnons du Palika. « Il était dans les barrages pendant les événements », se souvient Déwé Gorodey, la vice-présidente du gouvernement. « Il a aussi participé à la mise en place de l’académie des langues kanak, au dossier sur les signes identitaires... » Mais au-delà de cet engagement politique, « je retiens avant tout sa présence, son charisme. D’ailleurs, il est un peu là encore aujourd’hui. » Un sentiment unanimement partagé sur scène, comme dans le public.
|
|
|
A la une |
|
|
 |
|