Bien connue dans le Pacifique, mais impossible à détecter et à traiter, la gratte fait l’objet d’un vaste colloque cette semaine, à Nouméa. Des spécialistes du monde entier feront le point sur ce qui apparaît aujourd’hui comme un véritable problème sanitaire, environnemental et économique.
Dans la communauté scientifique, on l’appelle la ciguatera. Mais ici, la maladie est surtout connue sous le nom de « gratte ». Un sobriquet qui fait référence aux terribles démangeaisons qu’elle provoque.
Très étudiée dans le Pacifique et dans les régions où elle est présente (océan Indien, Caraïbes...), cette pathologie pose néanmoins de grosses difficultés aux scientifiques qui, malgré des années de recherche, n’ont pas encore trouvé de traitement efficace, ni de test fiable pour détecter les poissons dits « gratteux ».
Certaines régions, comme la Réunion et la Polynésie, ont choisi d’interdire des espèces par mesure de sécurité. Toutefois, « il est impossible de dresser une liste des poissons à risques, car cela varie suivant les régions et parce que certains poissons, comme le tazar, se détoxifient », explique Dominique Laurent, chargé de recherche à l’IRD. Pour l’heure, seules les méthodes traditionnelles sont utilisées, tel que le test « du chat » ou « de la fourmi ». « Mais scientifiquement, nous n’avons aucune preuve d’efficacité », constate Dominique Laurent.
En matière de traitement, la situation est quasiment identique. « La médecine occidentale offre peu de solutions, à part agir sur les symptômes. Je pense que les gens ont tout intérêt à essayer les remèdes traditionnels », admet le chercheur de l’IRD.
« Les cas d’intoxication pourraient augmenter avec le réchauffement global »
Les dégâts économiques peuvent être considérables. La petite île de Raivavae, en Polynésie française, a été touchée tant de fois par la ciguatera qu’elle a dû se résoudre à changer ses habitudes alimentaires, remplaçant peu à peu le poisson par d’autres sources de protéines, comme le poulet. « Cette transition alimentaire peut entraîner de graves problèmes de diabète et d’obésité mais aussi des problèmes économiques, liés aux arrêts maladie, aux interdictions de pêche ou de commercialisation de certains poissons », souligne Dominique Laurent.
Aux yeux des scientifiques, le seul terrain sur lequel l’homme peut agir actuellement est son impact sur l’environnement.
L’augmentation de la température de l’eau, l’utilisation d’engrais ou la destruction du corail, liée aux dragages et aux constructions de jetées, sont autant de facteurs qui favorisent l’apparition de micro-algues porteuses de la ciguatoxine.
La ciguatera est loin d’être un problème récent, puisque l’équipage de James Cook en avait déjà fait les frais, il y a plus de 200 ans. Mais « les cas d’intoxication pourraient augmenter avec le réchauffement global », selon Dominique Laurent.
Le colloque se déroule jusqu’à vendredi à l’IRD et à la CPS. L’entrée n’est pas publique.
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