Calée à plus de 5 % en 2007, la croissance réelle en Nouvelle-Calédonie va fondre un tantinet cette année. Même si sa santé économique reste enviable, le pays doit faire face à des effets indirects de la crise mondiale, à une chute du cours du nickel, à une reprise de souffle après l’euphorie... Cette réalité accouche de perspectives un peu floues. Le point secteur par secteur.
Banques
Les quatre groupes bancaires installés sur la place - Caisse d’Epargne, BNP, BCI et Société générale - n’observent « pas de ralentissement particulier dans la demande de crédits » note Sylvain Faure, président de l’Association française des banques en Nouvelle-Calédonie. L’économie est financée, « il n’y a pas de problème de liquidités ». Un coup de frein pourrait-il néanmoins toucher l’enthousiasme des investisseurs ? Les établissements bancaires ne semblent pas afficher de réelles craintes, pour le moment.
De même, « nous ne percevons pas de baisse de confiance » des chefs d’entreprise. Liée à l’importation d’une tendance haussière née d’une tension sur le marché interbancaire - là, rattachée à la crise -, l’augmentation des taux d’intérêt est en revanche une réalité. Jusqu’à quand ? En raison de la dégradation des conditions financières mondiales, une grande maison de crédit à Nouméa minimise les risques, voit son activité baisser, s’attend à « une fin d’année difficile, tout comme d’ailleurs 2009 ».
Automobile
Au regard des deux derniers mois, un fléchissement des ventes est décrit dans le secteur automobile :
- 7 à - 8 %. Une tendance à l’image de la Métropole où l’acquisition de voitures neuves a reculé de 7,3 % en octobre. « Cette baisse, il ne faudrait pas qu’elle dure » lance un importateur. Deux causes majeures, selon les professionnels, favoriseraient cette actualité. La comparaison s’établit par rapport à une année 2007 euphorique : alors que la progression des immatriculations en France était chiffrée à 1,7 % sur les onze premiers mois, le rythme s’élevait en Calédonie à 10,4 % pour les véhicules de tourisme et à 22,3 % pour les véhicules utilitaires de janvier à fin octobre 2007.
Enfin, aujourd’hui, « les gens attendent. Le besoin d’une voiture n’est plus une priorité » dans l’actuel contexte, ajoute le concessionnaire. Et une parité n’est plus favorable : la montée des valeurs du yen et du dollar US va renchérir le coût de modèles originaires de ces pays.
BTP
Clair et net, « il n’y a aujourd’hui aucun ralentissement » dans le monde du BTP, jure Frédéric Cantin, président du Syndicat professionnel du bâtiment et des travaux publics. Et les « trois quarts » des entreprises leaders dans le secteur ont, semble-t-il, un carnet de commandes calé pour 2009. Les projets à l’aéroport de Tontouta, des Jeux du Pacifique, du Médipôle... constituent une sécurité. Néanmoins, « il faut que l’on soit vigilant », remarque le responsable. Conjoncture étant, le marché du privé pourrait « se restreindre », et, baisse du rendement de la fiscalité s’imposant, la liste des chantiers publics pourrait être raccourcie.
Après de superbes années 2007 et 2008, « nous devons être prudents. On peut craindre un décalage dans l’arrivée des effets de la crise ».
Immobilier
L’euphorie fait place désormais à « un réajustement assez sévère », signe le patron d’une agence immobilière. En clair, la courbe des valeurs de biens est tombée de 10 %. Un mouvement constituant là «un retour à la normale du marché» après avoir vu les prix un tantinet surgonflés ces derniers temps. Et comme l’admet Philippe Bernigaud, président de la Chambre des notaires en Nouvelle-Calédonie, le nombre de compromis de vente régularisés a glissé légèrement depuis deux mois. Une traduction « d’une inquiétude, d’une peur de la crise », selon l’officier public.
Une crainte des professionnels est entendue : un accès au crédit plus difficile, qui signifierait de fait un ralentissement de l’activité. Bien que le marché ne soit pas « morne », d’après Philippe Bernigaud, des promoteurs auraient mis en sommeil des projets en attendant une période plus ensoleillée.
Mine
Situé hier autour de 11 500 dollars US la tonne au London Metal Exchange, le cours du nickel a dégringolé depuis mars. L’affaiblissement de la demande mondiale d’acier puis la crispation sur les marchés en raison de la crise ont jeté le flou sur le métal ainsi que sur les perspectives d’évolution de son prix. Face à son absence de couverture en début d’année prochaine et au risque ainsi d’une situation déficitaire, la SLN a, par sécurité, décalé notamment un programme d’investissement à Thio.
« Nous sommes dans une phase d’attentisme », observe le directeur général Pierre Alla. Par ailleurs, le financement de l’usine du Nord suscite des rumeurs après la faillite de la banque Lehman Brothers - chargée du montage d’un emprunt obligataire de 500 millions de dollars -.
Qui dit chute du cours du nickel dit, de plus, sérieux impact sur la fiscalité. Selon le Médef, ces recettes passeraient d’environ 150 milliards à 100 milliards pour la Nouvelle-Calédonie.
Commerce
Si la grande distribution semble toujours afficher le sourire en regardant l’évolution de son chiffre d’affaires, des commerces du centre-ville à Nouméa eux font grise mine : « sur 121 commerçants, 80 % perdent de l’argent par rapport à l’an dernier », analyse Michel Lasnier, président du syndicat. En moyenne, la baisse des ventes serait de 20 à 25 %. Pourquoi ? Sont évoqués la possible conséquence de l’application du nouveau plan de circulation, ou encore un effet psychologique de la crise.
Une crainte des détaillants est pointée : une fluctuation dans l’approvisionnement en marchandises, les fournisseurs étrangers étant en peine, à l’approche de Noël.
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