Retrait de permis, amende, cellule de dégrisement ou pire, accident. Pour s’éviter tous ces tracas et vu les délais pour obtenir un taxi un soir de week-end, nombreux sont ceux qui, après une soirée arrosée, font appel à une société de transport de nuit. Regard sur un marché florissant.
La scène se passe un samedi soir. Des gens sortent d’un lieu de fête en titubant et reprennent la voiture pour rentrer chez eux. À côté d’eux, d’autres, plutôt que d’attendre un taxi, se sont tournés vers Emmenez-moi, une société de transport. Le principe est simple. « On joue les capitaines de soirée (selon le terme consacré par la sécurité routière, NDLR), explique Éric Bluet, le gérant. Plus besoin qu’une personne attende les autres et reste sobre : en vingt minutes on est là et c’est moins cher qu’un taxi. » Pour entre 1 000 et 5 000 francs par personne selon vos points de départ et d’arrivée, un véhicule vous ramène avec une navette gratuite pendant la soirée, si votre circuit de fête comprend plusieurs escales.
La formule, lancée sur le Caillou « il y a quatre ans par la société AB driver », selon le gérant d’Emmenez-moi, a fait des émules depuis.
La raison est simple : très sollicités le week-end, « deux à trois fois plus que les soirs de semaine », selon une opératrice de Radio taxis, ces derniers ne peuvent pas répondre à la demande dans les meilleurs délais. « Le but n’est pas de les concurrencer, insiste Éric Bluet, mais de leur donner un coup de main ». Lui a lancé son entreprise en août 2007. Depuis, il a acquis trois véhicules, mis en place des partenariats avec des bars de la place, obtenu des sponsors et surtout trouvé ses clients. « 176, rien que pour le soir d‘Halloween », rapporte le chef d’entreprise, en précisant que « ce n’est pas réservé aux quartiers sud. On va partout et tout le monde a le droit d’en profiter ».
« Pas besoin qu’une personne attende les autres et reste sobre : en vingt minutes on est là et c’est moins cher qu’un taxi »
Rapatriés en toute sécurité jusqu’à chez eux, les fêtards du soir déchantent souvent le matin quand il faut aller récupérer la voiture.
C’est là qu’intervient Hugues Butéri, de la société Le Pilote. Depuis trois semaines, il propose un service novateur : venir le soir jusqu’à votre lieu de bringue et… conduire votre voiture à votre place.
Équipés de scooters pliables faciles à ranger dans le coffre, les chauffeurs de la société ont une assurance spéciale et « arrivent en un quart d’heure pour vous amener où vous voulez ». Le concept, initié à Londres il y a cinq ans, fait un tabac. Pour entre 1 200 francs et 2 650 francs par voiture et selon votre zone, Le Pilote propose un chauffeur et, bientôt, la possibilité de réserver et de payer par internet.
Aujourd’hui, au moins cinq sociétés de transport de nuit ramènent ainsi les fêtards à bon port. « Une concurrence déloyale », s’énerve Jacques Leyraud, président de l’association des Radio taxis de Nouméa. « Souvent, les gens nous appellent en même temps que ces sociétés, puis vont avec le premier arrivé. Nous avons peu de chauffeurs la nuit à cause de l’insécurité et on se fait souvent devancer. Tout cela alors que, selon la réglementation, ces transporteurs n’ont le droit de prendre des courses que si elles sont réservées longtemps à l’avance. »
Éric Bluet dément. La DITTT, en grève, ne pourra infirmer ou confirmer. Reste que ces sociétés se sont multipliées, sans forcément avoir les autorisations nécessaires. D’ailleurs, « nombreuses sont celles qui n’ont pas survécu : on travaille toutes les nuits avec des gens ivres, rappelle le gérant d’Emmenez-moi, ce n’est pas facile. »
Les anecdotes ne manquent pas. Des gens qui, une fois la course payée, ne veulent pas donner leur adresse. D’autres qui, arrivés devant chez eux, sont si ivres qu’il est impossible de les réveiller. Pour autant, et malgré la concurrence, une source de satisfaction lie tous les transporteurs. « Tous nos clients nous disent la même chose, sourit Éric. Que l’on sauve des vies tous les soirs. »
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