| La fouille au corps était imaginaire |
Elle avait dénoncé dans une lettre au procureur des « palpations corporelles appuyées » de la part de deux lieutenants de police. Hier, cette femme de 58 ans a été condamnée à six mois avec sursis pour dénonciation calomnieuse.
De bout en bout, l’affaire est nauséabonde. Presque pathétique pour la prévenue et très désagréable pour les deux femmes mises en cause, deux lieutenants de police, « dont l’honneur a été mis à mal alors qu’elles ont un parcours exemplaire et élogieux », indiquera leur avocat.
L’affaire débute en octobre 2006, après la garde à vue d’une femme de 58 ans, mise en cause par sa mère pour des faits supposés d’abus de faiblesse dans la gestion de ses finances. Quelques jours plus tard, la quinquagénaire se fend d’un courrier (quatre pages) adressé directement au procureur, où elle explique qu’elle aurait été victime d’une « fouille corporelle appuyée » de la part de deux lieutenants de police. Elles auraient en fait effectué des pénétrations digitales.
D’un côté, c’est l’incompréhension. « Il n’y a jamais eu de fouille corporelle, mais nous avons effectué une palpation de sécurité, selon les procédures habituelles », expliquent les deux lieutenants. C’est-à-dire une vérification par-dessus les vêtements, telle que pratiquée dans les aéroports. De l’autre côté de la barre, la prévenue persiste et signe. « Comment expliqueriez-vous ce genre d’agissements très graves ? », l’interroge dès lors le président Christian Lauqué. « Vous savez, ce sont des policiers, mais aussi des femmes, avec leurs jalousies et leurs mesquineries… »
« La pire des choses qui puisse arriver à un policier »
La toile de fond de l’affaire est aussi déplaisante. L’époux de la dénonciatrice est lui aussi policier. Un lieutenant de police « en disgrâce », selon l’avocat de la défense, et qui a fait l’objet d’une procédure disciplinaire. La calomnie aurait ainsi éclaboussé l’honorabilité des collègues du mari et aurait servi de contre-feu.
La thèse est renforcée par l’expertise psychiatrique, qui parle de « tendance à l’exagération », voire de « mensonge ». Les expressions « névrose hystérique sévère » ou « égocentrisme puéril » suivent. A sa décharge, la prévenue a du mal à se remettre d’un grave événement familial.
Pour la partie civile, cette dénonciation constitue la « pire des choses qui puisse arriver à un policier ». Pour Me Jean-Jacques Deswarte, « la suspicion restera à vie dans leur dossier administratif. » Le comportement de la prévenue est « à la limite de la perversité », interpelle le procureur. « On ne s’attendait pas à une reconnaissance du mensonge, mais au moins à une position en retrait », indique Nathalie Larsabal, qui requiert une peine pas inférieure à six mois de sursis. La défense attaque le dossier par sa source. « Pourquoi a-t-on mis cette femme qu’on savait fragile en garde à vue ? », se demande Me Denis Milliard. Plutôt que les faits, l’avocat préfère mettre en avant « un contexte général et une pathologie qui a pu altérer le discernement de la prévenue ».
Jusqu’au dernier moment, le président du tribunal a voulu tendre la main à la prévenue. « Si vous avez exagéré, vous pouvez encore le dire. » « La police n’a pas toujours raison. » Ce furent les dernières paroles de la dénonciatrice, qui a été condamnée à six mois avec sursis.
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