| Sommet France-Océanie : Pas un « machin » pour rien |
Bernard Kouchner pour un sommet France-Océanie diminué, Marie-Luce Penchard pour son premier contact calédonien : deux visites sous haute surveillance, la semaine dernière, un peu aseptisées par le contexte social. Le premier est passé comme un météore, la seconde a pris le temps de se montrer sous un autre jour que ses prédécesseurs.
Le sommet d’abord. L’absence de Nicolas Sarkozy lui a ôté une bonne partie de son envergure géopolitique, d’autant que Bernard Kouchner a bien fait sentir qu’il était là contraint et forcé. Le French Doctor privé de vacances, tour à tour théâtral ou désinvolte, à la limite de l’improvisation, n’a pas imprimé à l’événement l’aura que lui avait donnée Jacques Chirac à Papeete en 2003 ou à Paris en 2006.
Bernard Kouchner, qui n’a passé que trente-six heures en Calédonie, a de plus évolué dans un contexte insolite, sous haute surveillance policière. Vendredi, les invités de la France à la CPS, tous présents (sauf Fidji pas invité) malgré l’appel au boycott lancé par l’UC, ont peut-être remarqué un front de mer bien triste et des touristes bien rares sur l’Anse-Vata, fermée à la circulation dans les deux sens sur pratiquement un kilomètre…
Pour autant, le sommet a eu lieu. Sans annonce majeure, mais de telles rencontres descendent rarement au niveau du concret. Plusieurs pistes de coopération intéressant directement la Nouvelle-Calédonie ont néanmoins été évoquées.
Plusieurs pistes de coopération intéressant directement la Nouvelle-Calédonie
ont néanmoins été évoquées.
En matière de communications, les pays océaniens ont confirmé leur attachement au projet de câble optique transPacifique qui doit les relier au monde via les territoires français du Pacifique. Ils ont convenu que la sécurité intérieure doit être assurée « dans le strict respect de la personne », que la manière d’y parvenir passe par la formation, et que « l’école de police de Nouméa pourrait servir de point d’appui en ce domaine ». Ils ont encore « accueilli favorablement la proposition française visant à accueillir des jeunes issus des Etats insulaires anglophones en tant qu’assistants pour l’enseignement de l’anglais dans les établissements primaires et secondaires français » et vice versa. Ils se sont « félicités » de l’engagement de la France de « faciliter la circulation des ressortissants des Etats membres du Forum dans les collectivités territoriales françaises du Pacifique, par l’assouplissement significatif de l’obligation de visa pour les courts séjours » (moins de trois mois). Et ils ont enfin noté « avec un vif intérêt la création par la France d’un Grand Observatoire de l’environnement et de la biodiversité du Pacifique sud, sous la houlette de onze organismes de recherche et d’enseignement ».
Pour quand, tout cela ? Sans doute pas pour demain, mais ces balises pour le futur sauvent le sommet de l’étiquette de « machin » de plus. Surtout, comme le soulignait l’Australien Duncan Kerr, secrétaire d’Etat aux affaires des îles du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie a pu faire entendre sa voix propre au côté de celle de la France pour résumer ses initiatives en matière de protection de l’environnement et de développement durable, pour proposer d’accompagner la délégation française à Copenhague et pour se fixer ses propres objectifs de réduction des gaz à effet de serre.
C’est à la fois prendre en compte la préoccupation majeure des Etats insulaires, pour certains menacés dans leur existence même par le réchauffement climatique, et leur montrer que le degré d’autonomie atteint par la Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’accord de Nouméa lui permet de se faire entendre, à sa mesure, sur la scène régionale. En dépit du fracas ambiant, c’est la marque d’une décolonisation qui progresse.
H. L.
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